Interview réalisée par Marie-Line El Haddad

Entre introspection brute et narration sensible, SUGS construit une œuvre où l’émotion prime sur les étiquettes. Artiste indépendant basé aux États-Unis, il façonne depuis plusieurs années une musique profondément personnelle, nourrie par l’image, le vécu et le besoin de donner une voix à ceux que l’on n’entend pas. De ses débuts en home studio à sa participation à la série animée Jentry Chau vs. The Underworld, il revient pour Blender Book Magazine sur son parcours, ses influences et son rapport sincère à la création.

Marie-Line El Haddad : Peux-tu te présenter à nos lecteurs et nous parler de ton parcours musical ?

SUGS : Je m’appelle Jacob Sugars, mais on me connaît surtout sous le nom de SUGS. J’ai 26 ans et je sors de la musique depuis environ sept ou huit ans, cela fera officiellement huit ans l’été prochain. J’ai toujours été entouré de musique, mais je n’ai commencé à publier mes propres morceaux qu’à l’université.

Depuis le début, je travaille avec les mêmes outils, généralement depuis chez moi ou là où je vis. Avec le temps, la musique m’a emmené bien plus loin que je ne l’aurais imaginé. J’ai pu jouer localement dans plusieurs États, rencontrer des personnes en ligne à l’étranger, parfois dans des endroits où je n’ai même jamais mis les pieds.

Sans la musique, rien de tout cela ne se serait produit. Ces opportunités n’auraient tout simplement pas existé. Aujourd’hui, je suis reconnaissant d’avoir un chemin derrière moi, mais aussi quelque chose vers quoi me projeter.

MLEH : Ta musique mêle de nombreuses influences. Comment décrirais-tu ton univers sonore et ce qui façonne ton identité artistique ?

SUGS : C’est une question difficile, parce que même si j’ai une idée de ce que je fais ou de ce que je pense transmettre, chacun perçoit la musique à sa manière. C’est inhérent à l’art.

On m’a rangé dans beaucoup de catégories : rap, punk, techno, drum & bass, et maintenant emo, ce qui me va très bien. Ce qui relie vraiment toutes mes influences, c’est l’importance des paroles, de la narration et des images. J’aime beaucoup le cinéma, et j’aime les œuvres, musicales ou non, où l’on sent que l’artiste a mis quelque chose de profondément personnel.

Même si une œuvre peut sembler imparfaite sur le papier, si l’on perçoit l’intention, la sincérité et l’émotion derrière, elle devient admirable. C’est quelque chose que je trouve courageux et inspirant, et que j’essaie de garder à l’esprit quand j’écris, compose ou dessine.

MLEH : L’un de tes titres, Ghost, apparaît dans la série animée Jentry Chau vs. The Underworld (Jentry Chau, une ado contre les démons en français, ndla). Comment as-tu vécu cette expérience et quel impact a-t-elle eu sur toi ?

SUGS : J’ai d’abord ressenti une immense gratitude. Être invité à participer à un projet d’un tel niveau professionnel est très marquant. J’ai un passé dans l’animation : j’ai travaillé sur des cartoons pour Warner Bros quand j’étais plus jeune, donc revenir dans cet univers, mais cette fois en tant que musicien, avait une résonance particulière.

Le projet en lui-même était porté par une vraie passion. Brian, qui a composé l’ensemble de la bande-son, a écrit Ghost ; c’est d’ailleurs la seule chanson que je n’ai pas écrite moi-même. J’y ai participé en tant qu’interprète, et être intégré à un univers aussi riche visuellement, créatif et humain a été extrêmement touchant.

Voir mon nom associé à celui de personnes aussi talentueuses a été très humblement marquant. J’adorerais revivre ce type d’expérience.

Cover du dernier album de SUGS intitulé “I Ain’t Lyin'” © SUGS

MLEH : Tu as grandi dans différents environnements. Comment cette diversité nourrit-elle ton écriture et ta créativité ?

SUGS : L’expérience de vie est essentielle dans la création artistique. Les lieux où l’on vit, les personnes que l’on rencontre, les perspectives auxquelles on est exposé façonnent profondément ce que l’on exprime.

Ayant vécu dans plusieurs endroits et rencontré des personnes très différentes, j’essaie de garder à l’esprit que chacun porte son propre regard sur le monde. Cela dit, je crois aussi que nous sommes tous reliés par des émotions communes : la joie, le deuil, la colère, l’amour, l’ambition.

Même si je m’inspire de moments très personnels, je pars du principe que ces émotions sont partagées. Les détails changent, mais le ressenti reste universel. C’est cette idée de lien émotionnel que j’essaie de préserver lorsque je crée.

MLEH : Tes dernières sorties montrent une évolution constante. Où souhaites-tu emmener ton son et quels sont tes objectifs artistiques pour l’année à venir ?

SUGS : Sur le plan sonore, je n’ai pas de direction précise arrêtée. Ces derniers temps, j’ai beaucoup écrit des choses plus sombres, plus introspectives. C’est un territoire que je n’avais pas encore exploré aussi profondément.

J’ai envie d’être plus personnel, plus honnête. Beaucoup de personnes qui m’écoutent sont des inconnus, mais si je peux être sincère à travers ma musique, alors je peux aller dans des zones que je n’ai pas encore partagées ailleurs.

Je n’ai pas d’équipe ni de manager, donc me fixer des objectifs concrets est parfois compliqué. Mais si je devais en définir un, ce serait de continuer à renforcer la relation que j’ai avec celles et ceux qui me soutiennent, en étant toujours plus ouvert et authentique.

MLEH : En tant qu’artiste basé aux États-Unis, comment ton environnement influence-t-il ta vision de la musique aujourd’hui ?

SUGS : Mon environnement n’influence pas tant ma manière de créer que ma manière de me positionner. Aux États-Unis, l’industrie musicale est profondément ancrée dans une logique capitaliste, où tout est souvent orienté vers la performance, l’argent, l’image.

Ce n’est pas ce qui m’intéresse. Je me sens davantage proche des voix qu’on n’entend pas, de celles qui travaillent dur sans reconnaissance. Aujourd’hui, beaucoup de gens se sentent invisibles, et je crois que mon rôle est d’essayer de leur donner un espace, une voix.

Je me considère encore comme quelqu’un qui « frappe vers le haut », mais ce sont ces voix ignorées que j’ai toujours en tête quand je pense à mon public.

MLEH : Pour conclure, as-tu un message à adresser à ton public, et notamment au public français qui te découvre de plus en plus ?

SUGS : Je n’ai rien d’autre que de la gratitude. Merci de me donner de votre temps et de m’offrir cet espace d’expression. C’est un privilège immense.Je ferai de mon mieux pour ne pas vous décevoir. Il n’y a aucune garantie dans la vie, mais je continuerai d’essayer. Merci à celles et ceux qui m’écoutent depuis longtemps, et merci à celles et ceux qui viennent d’arriver. Et merci à Blender Book Magazine.

Pour suivre l’actualité de l’artiste c’est par ici, et pour écouter sa musique cliquer ici!

Un grand merci à SUGS pour avoir pris le temps de répondre à nos questions et merci également à Laury Verdoux pour l’organisation de cette interview!

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Posted by:Marie-Line El Haddad

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